SEP
Comment s’orienter dans une vie dont on ne connaît pas la destination, et pourquoi les outils qui promettent de la trouver posent la mauvaise question.
ExplorationOrientation & sens
Ce que ça permet d’analyser
Vous avez réglé ce qui vous encombrait. Le conflit qui revenait, la relation qui pesait, la situation dont vous ne saviez pas comment sortir. Il reste de l’énergie, et une question qui ne se posait pas tant que le problème occupait le terrain : pour quoi faire, maintenant ?
Le domaine a des réponses toutes prêtes. Trouvez votre raison d’être, formulez votre mission, alignez votre vie sur elle. Ces réponses partagent une forme : elles supposent qu’il existe une destination, qu’elle est connaissable, et que le travail consiste à la trouver puis à s’y rendre.
Ce projet examine cette forme au lieu de l’adopter. Non pas « quelle est ma direction ? », mais qu’est-ce qu’on présuppose en posant la question ainsi, et que devient l’orientation quand on retire ces présupposés. Cela vaut pour quelqu’un qui a fait tous les exercices de clarification sans en sortir plus clair, pour celui qui poursuit depuis des années une direction dont il ne peut plus dire si elle est la sienne, et pour celui qui se reproche une dispersion qui est peut-être la forme normale d’une vie.
Où en est le cadre
C’est une exploration, et elle avance par un chemin particulier : elle ne part pas de l’observation de personnes épanouies, mais de désaccords instruits avec les outils du domaine. Trois sont posés, chacun contre une évidence.
Votre vie n’est pas un laser. L’ikigai converge : quatre cercles, une intersection, un centre unique où loge ce pour quoi vous êtes fait. L’outil est utile et il sert ici, mais sa géométrie porte une thèse qu’il n’énonce jamais, celle d’une vie monodimensionnelle. S’épanouir, c’est être pleinement soi dans plusieurs dimensions à la fois, et un épanouissement peut être réel dans l’une et absent dans l’autre sans que ce soit un échec. D’où le geste : croiser l’ikigai, qui donne une direction, avec les domaines de vie, qui donnent le multiple. Ni l’un ni l’autre ne le fait de son côté.
Savoir vers où aller, c’est sous-entendre que là où je suis, ce n’est pas bien. La question est celle-ci : posez-la à quelqu’un qui va bien, et vous verrez qu’elle le déplace sans qu’il l’ait demandé. Toute la littérature de l’accomplissement de soi installe un manque en amont, puis propose de le combler. Retourner la présupposition change ce qu’on cherche : l’épanouissement devient un état accessible dans la situation présente, sans qu’il faille que tout soit arrangé d’abord.
L’imprévisible n’est pas une distraction. Une vie est traversée d’événements que personne ne pouvait prévoir. Sous une conception de la vie comme trajectoire planifiée, ils comptent comme des écarts au projet. Ce sont plutôt des occasions qu’aucune planification n’aurait produites, et cela retire beaucoup de sa portée à la recherche d’une raison d’être fixée d’avance.
Ces trois désaccords disent la même chose sous trois angles : l’épanouissement n’est pas une cible unique atteinte au terme d’une trajectoire maîtrisée. Multiple contre unique, présent contre futur, ouvert contre planifié.
Ce qui s’ouvre alors
Retirer la destination laisse une difficulté entière, et c’est là que le travail se fait aujourd’hui. Si l’on ne connaît pas le point d’arrivée, sur quoi s’oriente-t-on ?
La Matrice de l’Expérience fournit un élément de réponse en traitant le désir fondamental comme une orientation qui ne peut jamais être pleinement consciente, plutôt que comme un objectif à atteindre. On ne connaît pas cette orientation, mais on perçoit quand on s’en écarte, et cette perception s’affine.
La piste que ce projet suit consiste à déplacer ce qui se mesure. On ne mesure pas l’écart à une destination inconnue, ce qui serait impossible faute de coordonnées. On mesure l’écart à la trajectoire déjà parcourue, qui est observable. Chaque décision s’inscrit dans le prolongement de celles qui précèdent ou bien s’en détache, et c’est cette continuité que l’on perçoit. Une formulation ancienne l’annonçait déjà : la destination n’a d’importance que pour indiquer la direction.
Trois choses restent ouvertes, et aucune n’est mineure. Ce qui fonde le découpage en domaines de vie, aujourd’hui emprunté à des grilles toutes faites que rien ne justifie plus qu’une autre. Ce qui distingue un sentiment d’écart dû à une dérive de celui qui viendrait d’un déplacement de l’orientation elle-même, deux choses qui se ressemblent et n’appellent pas la même réponse. Et la question de fond, celle de savoir si une telle orientation reste stable au long d’une vie. C’est pourquoi cette page porte la mention Exploration.
Comment il se modélise
La démarche est ici différente de celle qui a produit AïkiCom, et il vaut mieux le dire que le masquer.
AïkiCom part d’un écart entre deux populations : parmi les pratiquants d’aïkido, ceux dont la vie change et ceux dont elle ne change pas. Ce qui explique l’écart est ce qu’il faut extraire. Rien de tel ici. Il n’existe pas de groupe de personnes épanouies observé sur des années, ni d’écart constaté avec un groupe témoin. Une page qui laisserait croire le contraire mentirait sur sa méthode, ce qui serait un comble sur un site consacré à la modélisation.
La voie est celle de la modélisation conceptuelle. On prend un outil qui fonctionne, on regarde ce qu’il présuppose sans le dire, et on va voir ce que devient le domaine quand on retire ce présupposé. L’ikigai fonctionne, et il présuppose l’unique. La notion d’objectif de vie fonctionne, et elle présuppose un manque présent. Ces présupposés sont invisibles précisément parce que les outils marchent : personne ne va inspecter la géométrie d’un schéma qui donne des résultats. Les mettre au jour est un travail de modélisation à part entière, il produit des positions vérifiables, et il n’a pas besoin d’une population pour être conduit.
Cette voie a ses exigences propres, et elles ne sont pas encore honorées. Un désaccord n’est instruit que si l’on montre ce qu’il fait voir sur un cas. Les trois positions ci-dessus tiennent chacune en une phrase, et cette phrase est stable depuis 2021, ce qui plaide pour elle. Elles n’ont pas encore été déroulées sur une situation. C’est le travail en cours.
Reste une hypothèse à vérifier sur leur origine, et elle serait la plus solide. Quinze ans d’accompagnement mettent en présence de gens qui, une fois leurs conflits réglés, ne savent pas quoi faire de ce qui se libère. Si les trois positions viennent de là, elles ne sont pas des vues de l’esprit : elles sont l’extrait d’une observation longue, sur un terrain réel, et ce projet retrouve alors la structure d’AïkiCom par un autre chemin.
Aller plus loin
Ce travail paraît dans les articles au fil de son avancement.
Origines
Le nom vient d'une formulation de 2022, Système d'Épanouissement Personnel, qui présentait l'ensemble comme le troisième temps d'un parcours : gérer les conflits, puis apprendre à vivre avec eux, puis donner une direction. Le mot « système » y annonçait une méthode plus achevée que ne l'était le travail, et ce que la page conserve de cette période est la question, non l'architecture.
L'ikigai et la roue de vie de Zig Ziglar sont ici des outils tiers, employés et discutés. La lecture de l'orientation comme perception d'un écart vient du travail de modélisation qui a produit la Matrice de l'Expérience, laquelle situe le désir fondamental du côté d'une orientation jamais pleinement consciente plutôt que d'un but à atteindre.
Modèles liés
La Matrice de l’Expérience cartographie ce dont une personne est faite à un instant donné ; ce projet travaille sur la dimension temporelle, celle de l’orientation dans la durée. PKMind traite d’un domaine autonome, la gestion des savoirs, et se réfère à ce cadre pour la question de la finalité : on y trouve comment on gère ce qu’on sait, ici en vue de quoi.