Skill Modeling

La Matrice de l'Expérience

Une carte de ce dont une personne est faite à un instant donné, et de l'endroit où loge réellement une difficulté.

OutilIdentifications & expérience

Ce que ça permet d'analyser

« Je ne suis pas quelqu'un comme ça. » Quiconque accompagne des personnes a entendu cette phrase, et elle clôt en général la conversation. Elle est donnée comme un fait sur ce que quelqu'un est, et on ne fait rien d'un fait.

La Matrice démonte cette phrase. Elle remplace la question « qui suis-je ? », qui ne mène pas loin, par « comment est-ce que je m'identifie, dans ce contexte ? ». La première interroge une essence. La seconde interroge une relation, et une relation, ça se modifie.

Plus utile encore, elle situe l'endroit où une difficulté se loge vraiment. Quelqu'un dont les comportements ont avancé alors que ses croyances n'ont pas suivi. Quelqu'un dont les habitudes émotionnelles appartiennent à une version de lui-même qu'il a par ailleurs quittée. Quelqu'un qui sait exactement quoi faire et ne le fait pas. Ce ne sont ni des contradictions ni des défauts de volonté. Ce sont des espaces désaccordés, et dès qu'on voit lesquels, on sait où travailler.

Le modèle

La Matrice décrit sept espaces de l'expérience, disposés en cercles concentriques plutôt qu'en échelle. Rien ne surplombe rien, et chaque espace influence les autres au lieu de les commander.

La Matrice de l'Expérience : sept espaces disposés en cercles concentriques, le Contexte entourant l'ensemble
Les sept espaces. Le Contexte entoure l'ensemble au lieu d'occuper un niveau.
  • Contexte — pas un décor passif. Il génère, il ne se contente pas d'entourer.
  • Singularité — qui abrite trois espaces : le Faire, le Savoir et le Savoir-faire.
  • Émotions — l'état interne, traité comme un espace à part entière.
  • Identifications — au pluriel et selon le contexte, jamais une identité fixe.
  • Espace Méta — celui depuis lequel le reste peut s'observer.

Chaque espace peut fonctionner à l'un de quatre niveaux : Réactif,Adaptatif, Intégratif ouTranscendant.

Et voici ce qui change la pratique. Les problèmes ne logent presque jamaisdans un seul espace. Ils naissent de ladésynchronisation entre espaces : un comportement qui tourne à un niveau pendant qu'une croyance tourne à un autre, des schémas émotionnels qui n'ont pas rattrapé la façon dont la personne s'identifie désormais. C'est pourquoi s'acharner sur le mauvais espace produit si peu.

Comment elle a été modélisée

La Matrice n'a pas commencé comme une théorie. Elle a commencé comme un échec répété en pratique, sur vingt-cinq ans : un travail qui s'enlisait chaque fois qu'il atteignait la question de ce que la personne croyait être.

Les cartes existantes décrivaient l'expérience comme une hiérarchie, avec l'identité vers le sommet. Cette disposition fonctionne jusqu'à ce que quelqu'un y parvienne, et elle lui fournit alors une raison de s'arrêter. Si l'obstacle est ce que je suis, il ne reste rien à ajuster. C'était la carte elle-même qui produisait la paralysie.

Ce qui a été extrait, cas après cas, c'est que les personnes n'ont pas une identité qui se déplace de temps à autre. Elles s'identifient — comme professionnel, comme parent, comme celui qui ne finit jamais rien — et elles le font différemment selon l'endroit où elles se trouvent. S'identifier est un verbe. Ce seul changement de grammaire transforme un mur en variable.

Les sept espaces sont venus ensuite, en cherchant ce que le mot « identité » faisait entrer en contrebande et qui méritait une place propre. Les quatre niveaux sont venus du constat qu'un même espace se comporte très différemment selon le régime dans lequel il fonctionne.

Aller plus loin

Un livre sur la Matrice existe en français, avec des protocoles, des études de cas et des trames de questionnement pour chaque espace et pour les liaisons entre eux. Une édition anglaise est en préparation.

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Origines

La Matrice étend un modèle connu de niveaux logiques plutôt qu'elle ne le remplace : là où ce modèle cartographie le quoi de l'expérience en couches, la Matrice en décrit le comment, c'est-à-dire les relations par lesquelles une personne ne cesse de se construire. Elle s'appuie sur Damasio pour le corps ressenti, sur Ricœur pour la distinction entre mêmeté et ipséité, et sur Wilber pour les niveaux de développement.

Modèles liés

AïkiCom décrit une séquence qui se déroule dans le temps ; la Matrice cartographie un état à un instant.PKMind est une application de la Matrice à un champ précis : ce qui se passe chez celui qui gère ses savoirs.


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