Skill ModelingLa Matrice de l’Expérience

Les Identifications : Relations et Catégories dans la Matrice de l'Expérience

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Les sept espaces de la Matrice de l'Expérience

Introduction

Bien souvent, quand on nous demande “Qui es-tu ?” et que nous répondons “Je suis…”, nous ne parlons pas réellement de notre identité, mais plutôt de nos identifications. Cette distinction fondamentale est cruciale pour comprendre la complexité de l’expérience humaine et la manière dont nous nous définissons dans le monde.

La notion d’identité est essentielle à notre existence, mais répondre à la question “Qui es-tu ?” s’avère être un exercice particulièrement compliqué et source de nombreuses confusions. En réalité, ce que nous exprimons spontanément n’est pas notre identité profonde, mais une série d’identifications à des catégories de personnes que nous reconnaissons et auxquelles nous nous rattachons.

Cette exploration des identifications nous amènera à comprendre comment nous construisons notre rapport au monde et aux autres, et comment ces processus d’identification deviennent des leviers puissants de transformation personnelle.

Définition des identifications

Les identifications sont des relations - des relations entre un individu, une personne et une catégorie de personnes qui partagent des caractéristiques communes. Ces catégories de personnes peuvent être appelées des rôles, des métiers, des religions, des sexes, des régimes linguistiques, des nationalités, des archétypes. Autant de noms différents qui vont déterminer ces catégories en fonction d’un certain nombre de caractéristiques, de qualités, de défauts, de manières de penser, de manières d’agir, de compétences.

Ce qui est particulier, c’est que ces catégories ne sont pas des catégories qui sont définies uniquement chez la personne en particulier, mais des catégories qui sont globalement acceptées, globalement comprises, globalement reconnues comme telles. Il y a donc une dimension sociologique fondamentale.

Naturellement, cette définition de ces catégories est essentiellement fonction du contexte, c’est-à-dire de l’environnement dans lequel nous sommes plongés pour évaluer, pour définir ces catégories. Il y a donc des paramètres culturels, sociologiques, linguistiques, nationaux, un ensemble d’éléments qui vont influencer la manière de définir ces catégories.

Mais il reste une chose importante : ces catégories sont largement comprises, largement entendues par un groupe de personnes à qui je vais m’adresser quand je vais parler de ces catégories. Quand je dis “je suis médecin”, tout le monde comprend que le médecin est une personne qui a un certain diplôme, avec certaines compétences et qui agit d’une certaine manière. Cela va être globalement admis, globalement compris. C’est ce qui permet de dire “je suis médecin” et d’être compris.

La confusion autour de la notion d’identité

Le processus d’identification, qui est donc cette relation entre un individu et une catégorie de personnes, va devenir une manière de comprendre autrement ce qu’on appelle généralement l’identité. En tout cas, l’identité qui est la manière que nous utilisons tous pour dire qui nous sommes.

Il est évident que cette notion d’identité est un concept à la fois essentiel, mais également qui prête à confusion. Répondre à la question “Qui es-tu ?” est infiniment plus complexe qu’il n’y paraît et constitue une source majeure de malentendus sur nous-mêmes et sur les autres. Et justement pour la raison que je viens d’exprimer : quand nous parlons d’identité, c’est-à-dire quand nous répondons à la question “qui suis-je ?”, nous répondons presque systématiquement par des identifications à des catégories de personnes.

Quand je dis “je suis un créatif”, quand je dis “je suis médecin”, quand je dis “je suis colérique”, quand je dis “je suis belge”, quand je dis “je suis un homme”, quand je dis “je suis francophone”, je fais allusion à une catégorie de personnes dans laquelle je me reconnais pour certaines caractéristiques. Mais je ne décris pas qui je suis vraiment dans ma singularité la plus profonde.

Et quand je parle de confusion par rapport à cette notion d’identité, c’est parce que nous savons tous et toutes que cette notion d’identité essentielle fait appel à un concept, le concept de soi, si on peut dire, qui dépasse largement tout ce qu’on peut exprimer par ces identifications. Et on parlera à ce moment-là de nature, d’essence, et on verra plus tard qu’on peut discuter cette notion d’essence.

C’est la différence entre l’identité en réponse à “qui je suis”, qui fait appel aux identifications, par rapport à l’identité qui relève de la conscience que j’ai d’être moi, et de m’identifier, de me reconnaître, de me caractériser dans ma singularité unique. Vous voyez là que les termes sont compliqués à choisir parce qu’on bascule très vite avec cette notion d’identité et c’est justement la raison pour laquelle il faut la travailler de manière plus attentive et plus précise qu’on ne le fait habituellement.

Cette confusion est d’autant plus problématique qu’elle nous amène à croire que nous nous connaissons quand nous listons nos identifications, alors qu’en réalité, nous ne faisons qu’énumérer les catégories sociales auxquelles nous nous rattachons.

L’objectif de ce webinaire n’est pas de vous définir l’ensemble des concepts - la nuit ne suffirait pas - mais bien de continuer l’exploration de la notion d’identification pour mieux comprendre cette dynamique fondamentale de l’expérience humaine.

L’analyse des catégories d’identification

Revenons dans le fil du discours. Quand je réponds “qui suis-je ?”, quand je dis “je suis…” La plupart du temps, je vais parler d’identification. Je vais dire : je me reconnais comme faisant partie de la catégorie des personnes qui ont ces caractéristiques. Je me reconnais dans la catégorie des personnes qui ont cette caractéristique ou ces caractéristiques.

On a donc deux points d’action qui se dégagent. Le premier, c’est la définition même de cette catégorie de personnes, quand on définit une personne colérique, un belge, un francophone, un catholique, un occidental, un guerrier, un créatif.

On pourra travailler sur cette définition de différentes manières. D’une part, sur la définition, je dirais, sociologique, c’est-à-dire une définition partagée sur la signification de cette catégorie de personnes. Quand je dis que je suis un guerrier, qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? Tout le monde en a une conception assez partagée, mais bien sûr, il y a d’immenses variations.

Et puis, il y a la définition telle que la personne qui dit “je suis un guerrier”, la voit ou la définit. Cela va être une instance, une définition particulière, individuelle, individualisée. On va donc pouvoir travailler sur deux dimensions : sociologique, définition sociologique, définition individuelle.

Il est évident bien sûr que autant dans la définition individuelle que collective, c’est-à-dire sociologique, entrera en ligne de compte le contexte, c’est-à-dire l’environnement sociologique, culturel, cultuel, dans lequel tout est prononcé. Et vous changez le contexte et tout ce que vous avez dit va prendre une autre signification et sera plus ou moins correct, plus ou moins cohérent avec ce que la culture, l’environnement, le contexte définit.

On voit là également un levier de changement. Et on va les résumer : le levier qui va agir sur la définition individuelle de la catégorie, le levier qui va agir sur la définition sociologique de la catégorie, et bien sûr, sur le contexte qui l’entoure.

Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une certaine catégorie de personnes, bien sûr, est dépendante du contexte dans sa manière de la définir, mais elle va aussi être connotée, plus ou moins bien appréciée, en fonction du contexte. Donc à la fois le contexte fournit la définition, et à la fois le contexte est source d’évaluation. C’est ce qui fait que l’identification va être plus ou moins bien vécue.

La relation d’identification

Voilà pour les catégories d’identification. On peut maintenant, je dirais, entrer dans le vif du sujet. Quelque part, c’est dans la relation. L’identification est une relation. Une relation qui est créée par l’individu et qui va connecter cette personne, qui va la connecter, qui va lui donner la sensation qu’elle est connectée à une certaine catégorie d’individus.

Alors, cette relation d’identification va aussi devenir un levier de changement particulièrement efficace et précis. La relation d’identification a des paramètres, a des modalités, a des sous-modalités qui vont définir sa qualité.

On va ainsi pouvoir s’identifier dans le temps, par moment, pas toujours. La journée, je suis un employé modèle, le soir, je suis un père. On va aussi s’identifier, et là on va dire globalement le scope, c’est-à-dire la focale : dans quelle focale cette identification va être opérante.

Et exactement comme dans le travail sur les sous-modalités qu’on fait en PNL, on va pouvoir travailler les sous-modalités de la relation d’identification. “Tiens, tu trouves que tu es colérique ? Est-ce que tu es colérique tout le temps, dans tous les contextes ?” Dans le temps, dans l’espace, en fonction des endroits, en fonction plus globalement du contexte.

La deuxième dimension est la qualité, c’est la manière d’aimer ou de ne pas aimer cette relation d’identification proprement dite.

Ainsi, en fonction d’un certain contexte, une relation d’identification va être vécue comme négative ou non-voulue ou désagréable si elle m’amène à avoir des comportements, avoir une vision du monde, avoir des états internes, c’est-à-dire des émotions que je vais qualifier de négatives ou en tout cas non-souhaitables.

Et à l’opposé, bien sûr, la relation aura une qualité, je dirais, positive, agréable, à partir du moment où elle m’amènera à voir le monde d’une façon qui me convient, qui me permet de grandir, de voir le monde de manière efficace, d’être en pleine possession de mes moyens, et d’ainsi être en contact avec mes compétences, et d’agir en fonction de ce qui se passe dans mon contexte, mais de manière favorable pour obtenir des résultats souhaités.

La théorie des prototypes

On va donc pouvoir donner des précisions sur cette identification. Je vais dire, si je réponds à la question “qui suis-je ?” et que je réponds “je suis une personne créative”, c’est-à-dire que je m’identifie à cette catégorie de personnes que je qualifie de créatives, créatives parce qu’elles font preuve d’un comportement créatif. Elles ont des savoir-faire pour être créatives. Elles ont également une vision du monde : il ne faut pas se limiter à cette manière habituelle de voir les choses, de penser hors de la boîte, “out of the box”, comme on dit. Ce sont toutes les caractéristiques qu’on pourra reconnaître dans cette catégorie de personnes.

Mais il est aussi nécessaire de préciser encore un peu plus ces catégories comme étant non uniformes. Et là, je fais appel à la théorie des prototypes d’Eleanor Rosch où, en fin de compte, quand je regarde la catégorie des personnes créatives, elle contient de multiples dimensions, de multiples variations sur la créativité.

Et si je ne vois qu’une personne créative comme, je vais dire, Salvador Dalí, il est clair que dans mon travail d’employé, quand je fabrique mon fichier Excel, je vais me sentir tout sauf personne créative si la personne qui me focalise est une personne comme Salvador Dalí. Par contre, je peux trouver d’autres variations nettement plus accessibles, nettement plus proches de ce que je vis. Et ça, c’est la théorie des prototypes.

Le prototype, c’est en fait l’exemplaire type dans cette catégorie. Et bien sûr, nous allons choisir tous un prototype différent. Et ce prototype est comme le centre d’un cercle, et vous aurez dans cette catégorie des personnes qui vont paraître loin de ce prototype, ou proche de ce prototype. Et bien sûr, cela vous donne un outil d’intervention supplémentaire, c’est-à-dire la catégorie qui est définie comme certaines manières d’agir, les comportements, certaines manières de voir le monde, la vision du monde, la carte du monde, et certains savoir-faire.

Et donc, nous choisissons individuellement le prototype qui aura certaines qualités avec certaines modalités différentes.

Et donc, si le choix du prototype est fonction de la personne qui choisit le prototype, si vous imaginez une catégorie d’identification, une catégorie de personnes comme étant un ensemble, une grande surface, un grand cercle (si vous voulez), et que vous imaginez que chaque personne peut choisir son prototype, c’est-à-dire la personne la plus représentative de cette catégorie, c’est comme si elle allait s’accrocher chaque fois à un endroit différent en fonction des personnes.

C’est-à-dire que la manière que vous avez de vous identifier à une catégorie reconnue par tout le monde va varier en fonction du choix du prototype. Ainsi, un artiste peintre va peut-être s’identifier à son prototype du créatif qui est Salvador Dalí, et vous, vous allez vous identifier au créatif qui est celui qui va créer la plus belle macro possible à son fichier Excel.

Alors, il est évident que, en fonction du prototype que vous choisissez, votre manière d’aborder, votre manière d’évaluer cette catégorie de personnes peut varier dans des proportions assez énormes.

Par conséquent, la catégorie des personnes créatives aura une couleur différente en fonction du choix du prototype, qui lui est éminemment subjectif et c’est-à-dire lié à votre singularité.

Les leviers de changement

Et ce qui est important, c’est que cela nous donne encore un levier en plus. Résumons tous les leviers à notre disposition :

1. Le levier sur la catégorie de personnes à laquelle la personne va se relier par cette relation d’identification. Cette catégorie se définit par un certain nombre de qualités, et on va distinguer des qualités en termes de comportement, en termes de vision du monde (croyances et valeurs), et en termes de savoir-faire (compétences). Une personne dans cette catégorie se comporte de cette manière, a ces compétences-là et a cette vision du monde-là, c’est-à-dire un certain nombre de croyances et de valeurs qui sont importantes.

2. Le deuxième levier, c’est la relation proprement dite, c’est-à-dire ce lien qui va me lier, moi en tant que personne, à cette catégorie de personnes. Ce lien va dépendre du scope, c’est-à-dire du cadre dans lequel va s’effectuer cette relation. Cadre de temps : le matin, le soir, au boulot, à la maison ; cadre de contexte : de lieu, au boulot, à la maison ; et un certain nombre de paramètres aussi : quand je suis fatigué, quand je suis réveillé. En fait, un ensemble de paramètres qui vont faire que la relation va s’identifier, va s’activer ou pas.

3. La troisième, c’est le choix du prototype, c’est-à-dire quel prototype avez-vous choisi dans cette catégorie reconnue par tout le monde.

L’espace des identifications

Enfin, une dernière distinction qui peut être utile, c’est les différentes catégories d’identification qui sont à ma portée, qui sont accessibles.

Et quand je considère cela, si je considère par exemple “je suis un sportif”, “je suis un guerrier”, alors on peut dire qu’elles sont distinctes, mais en fait elles sont quand même relativement proches. Le combattant et le guerrier se battent. Mais le sportif aussi se bat pour la victoire.

Par contre, si je prends une autre catégorie qui est “le père” et qui va être après une autre catégorie que je ne trouve pas, et bien elles vont être suffisamment éloignées que pour rendre difficile l’adaptation et le passage de l’un à l’autre.

On va donc pouvoir créer un espace des identifications où certaines identifications sont plus proches les unes des autres et qui va pouvoir faciliter le changement.

Une chose aussi intéressante à signaler, c’est que moi, dans ma singularité, quand je m’identifie à une certaine catégorie de personnes, en fait je vais activer en moi des parties de moi. C’est-à-dire que je peux être à la fois identifié à un bon père, à la fois comme un écrivain, à la fois comme un créatif, à la fois comme un guerrier voire un magicien.

Et tout cela va activer en moi, par effet de résonance, un peu comme les neurones miroirs, les parties de moi qui elles vont mettre à ma disposition un certain nombre de types de comportements, de compétences et de manières de voir le monde. On a donc un effet reflet et j’aime bien l’effet de neurone miroir, identification miroir, si vous préférez.

Conclusion pratique

Pour conclure, quand je demande à une personne : “Qu’est-ce que vous êtes ?”, et que la personne répond : “Je suis…”, elle me donne, dans la majeure partie des cas, une identification, c’est-à-dire qu’elle me définit une catégorie de personnes, et je pourrai, à partir de là, commencer à explorer.

Mais qu’entends-tu par cette catégorie, c’est-à-dire comment la définis-tu en termes de comportement, de compétences et de vision du monde ?

Je pourrai ensuite m’intéresser au prototype que la personne a choisi ; elle me le dira, plus ou moins consciemment, ou je vais pouvoir questionner et demander.

Et, enfin, je vais pouvoir questionner la relation d’identification proprement dite, c’est-à-dire comment la personne vit cette relation.

Le scope dans l’espace, dans le temps, dans le contexte culturel, sociologique, tout ce que vous voulez, et la qualité, c’est-à-dire comment c’est apprécié, souhaitable, désiré, non désiré.

Et, de nouveau, pour chacun de ces paramètres, il y a, bien sûr, une notion d’intensité. C’est très désiré, ou, au contraire, c’est bon comme ça, ou, c’est très rejeté, ou, bon, ce n’est pas plus mal, je fais avec, comme on dit en français.


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